Il y a des après-midi qui restent gravés dans l’histoire d’un club. Des après-midi où le football rappelle pourquoi la Coupe de France occupe une place si particulière dans le cÅ“ur des amateurs. Ce dimanche, à Bucy-lès-Pierrepont, la petite histoire a rencontré la grande. Et au terme de 90 minutes d’une intensité remarquable, Bucy-la-Concorde s’est offert un exploit majuscule en éliminant Saint-Leu-d’Esserent, pensionnaire de Régional 3, sur le score de 1-0.
Un exploit d’autant plus savoureux que Bucy-la-Concorde évolue en Départemental 3. Trois niveaux séparent donc les deux formations sur le papier. D’un côté, les Bucyacois, engagés dans le football départemental et portés par l’envie de vivre une nouvelle aventure en Coupe de France. De l’autre, une formation de Saint-Leu-d’Esserent habituée au niveau régional, venue de l’Oise, à proximité de Chantilly, avec l’étiquette du favori logique.
Mais en Coupe de France, les niveaux, les réputations et les pronostics ne jouent pas.
Sur la pelouse naturelle du stade municipal de Bucy-lès-Pierrepont, seuls les hommes comptent. Et dimanche, les hommes de Jonathan Lelong ont répondu présents.
Le cadeau rêvé pour les 100 ans
Cette saison n’est décidément pas comme les autres pour Bucy-la-Concorde. Le club fête son centenaire, et ses joueurs viennent peut-être de lui offrir l’un des plus beaux cadeaux imaginables.
Pour une formation de D3, atteindre le quatrième tour de la Coupe de France constitue déjà une belle aventure. Le faire en éliminant une équipe de R3, qui plus est au terme d’un match où il aura fallu résister jusqu’aux dernières secondes, donne forcément une dimension supplémentaire à la performance.
Dans un village comme Bucy-lès-Pierrepont, ce genre de qualification dépasse largement le simple cadre d’un résultat sportif. Elle rassemble les joueurs, les dirigeants, les bénévoles, les familles et tous ceux qui font vivre le club au quotidien.
Et dimanche, tous avaient une bonne raison de croire à l'impossible.
Picart frappe, Bucy frappe un grand coup
Le début de rencontre allait rapidement confirmer que Bucy n’avait absolument pas l’intention de subir son destin.
10e minute. Alors que Saint-Leu-d’Esserent était pourtant l’équipe évoluant trois divisions plus haut, ce sont bien les Bucyacois qui allaient frapper les premiers.
Sur une action parfaitement négociée, Geoffrey Picart, défenseur de son état, prenait ses responsabilités et trouvait la faille d’une frappe qui allait permettre aux locaux de prendre les commandes.
1-0 pour Bucy-la-Concorde.
Le but avait une valeur particulière. Non seulement il récompensait l’excellent début de partie des locaux, mais il plaçait surtout Saint-Leu dans une situation à laquelle les visiteurs n’avaient probablement pas imaginé être confrontés en venant dans l’Aisne.
Bucy venait de faire tomber le premier verrou.
Mais il restait encore près de 80 minutes à tenir.
Les Bucyacois ne tremblent pas
Car derrière, Saint-Leu-d’Esserent allait évidemment chercher à réagir.
Les visiteurs, habitués au niveau régional, ont progressivement tenté de mettre davantage de pression sur la défense locale. Les minutes passaient et Bucy devait faire preuve de solidarité, de discipline et surtout d’une énorme générosité dans les efforts.
Dans ce genre de rencontre, chaque ballon gagné, chaque duel remporté et chaque course effectuée pour son partenaire prend une importance considérable.
Et c’est précisément ce que les Bucyacois ont su faire.
Theo Haulin, pourtant âgé de seulement 18 ans, a notamment livré une prestation particulièrement solide au cœur de la défense. Aux côtés de ses partenaires, le jeune défenseur a participé à cette résistance collective qui a permis aux locaux de conserver leur avantage.
Sur le côté gauche, Theo Orfani n’a lui non plus jamais ménagé ses efforts. Généreux dans son couloir, disponible et constamment impliqué dans le travail défensif, il a contribué à repousser les offensives de Saint-Leu.
Derrière eux, la défense bucyaquoise pouvait également compter sur Geoffrey Picart, qui avait déjà inscrit le but décisif.
Mais il ne faudrait surtout pas résumer cet exploit à quelques individualités.
Car dimanche, c’est tout un collectif qui a gagné.
Une équipe qui n'a rien lâché
Antoine Bronsin a également été l’un des grands artisans de cette qualification.
Le gardien bucyaquois a longtemps observé ses partenaires défendre leur maigre avantage, avant de devoir sortir le grand jeu lorsque Saint-Leu a poussé dans les dernières minutes.
Et à la 88e minute, le moment de vérité est arrivé.
Saint-Leu-d’Esserent se procurait une énorme opportunité par Arcel Ndebe Kipala. Le ballon semblait pouvoir remettre les deux équipes à égalité.
Mais Bronsin en avait décidé autrement.
Le portier de Bucy réalisait alors une double parade magistrale, repoussant à deux reprises les tentatives de l’attaquant saint-lupien et maintenant son équipe devant au tableau d’affichage.
Une intervention qui vaut presque un but.
Une intervention qui vaut surtout une qualification.
À deux minutes du terme, le gardien venait de préserver l’exploit.
Gosset, le créateur jusqu'au bout
Au milieu de cette bataille, Matteo Gosset a également joué un rôle important dans le dispositif bucyaquois et a continué à se battre jusqu'à son remplacement à la 88e minute.
Autour de lui, Tanguy Bazile, Kevin Jean, Dylan Menneson, Damien Vannobel et Jimmy Carlier ont également participé à cette formidable résistance collective.
Devant, derrière, dans les duels ou dans les courses, chacun a apporté sa pierre à l'édifice.
Et lorsque Jonathan Lelong a procédé à ses changements en fin de rencontre, Maxime Buloir, Karim Abbes, Amadou Samake et Romain Dhesse ont eux aussi participé aux dernières minutes de cette soirée particulière.
Même ceux qui n’étaient pas sur la pelouse au coup d’envoi ont vécu cette qualification comme les autres.
Parce qu’un exploit de Coupe de France appartient à tout un groupe.
Jonathan Lelong et ses Bucyacois ont écrit une page du centenaire
À la tête de cette équipe, Jonathan Lelong peut évidemment savourer.
Son équipe était consciente de la mission qui l'attendait. Face à un adversaire évoluant en R3, il fallait accepter de souffrir par moments, rester compact, faire preuve de patience et ne jamais perdre le fil du match.
Les Bucyacois l'ont fait.
Ils avaient préparé ce rendez-vous avec sérieux, comme l'a expliqué l'entraineur après la rencontre : « On était prêt, on s’était bien entraîné. »
Et cela s’est vu.
Bucy a su entrer dans son match, marquer rapidement, puis tenir tête à une formation de Saint-Leu qui évolue pourtant à un niveau supérieur.
Même lorsque la pression est devenue plus forte en fin de partie, les joueurs de Jonathan Lelong n’ont pas craqué.
« On marque à la 10e minute et après on fait jeu égal à Saint-Leu. On subit sur la fin de match mais on est solide. »
Tout est finalement résumé dans cette phrase.
Marquer.
Résister.
Et rester solide.
Saint-Leu tombe dans le piège de la Coupe
Pour Saint-Leu-d’Esserent, la déception est forcément immense.
Le club de l’Oise, situé près de Chantilly, évolue en Régional 3 et arrivait avec trois divisions d’écart en sa faveur. Sur le papier, l'affiche semblait déséquilibrée.
Sur le terrain, elle ne l'a jamais été.
Saint-Leu a pourtant tenté de revenir dans la partie. Les changements opérés au fil de la rencontre témoignent de cette volonté de trouver des solutions, avec notamment les entrées de Guy Lema, Alexis Caron et Noah Ruet.
Mais face à une équipe locale déterminée à défendre son avantage, les visiteurs ont buté sur un bloc qui n'a rien lâché.
Les avertissements reçus par Souleymane Coulibaly et Tolokela Kuntuala n’ont pas changé la physionomie de cette fin de match.
Et malgré une énorme occasion dans les dernières minutes, Saint-Leu n’a jamais réussi à trouver la faille.
Le genre de journée qui fait aimer la Coupe de France
Au coup de sifflet final, le score est là .
Bucy-la-Concorde 1, Saint-Leu-d’Esserent 0.
Une D3 élimine une R3.
Trois niveaux d'écart effacés en 90 minutes.
Et surtout, un club qui fête ses 100 ans poursuit son aventure dans la plus populaire des compétitions françaises.
Le quatrième tour est désormais en ligne de mire.
Les Bucyacois vont donc pouvoir attendre sereinement le tirage avec une certitude : ils ont déjà écrit une magnifique page de leur centenaire.
Dans quelques années, on se souviendra peut-être du parcours de 2026 comme de l'une de ces histoires que les anciens racontent aux plus jeunes. Celle d'une équipe de D3 qui, un dimanche de septembre, a fait tomber une équipe de R3 sur sa pelouse.
Bucy-la-Concorde est au quatrième tour de la Coupe de France.
Et pour son centenaire, le club vient de s'offrir un cadeau de choix.
Le genre de cadeau qu'on n'oublie jamais.

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